Le vote quadratique selon Vitalic Buterin et Glen Weyl


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Vote quadratique.

Vitalic Buterin a récemment publié un post Medium sur le vote quadratique avec en co-auteur Glen Weyl chercheur chez Microsoft Research New England à l’origine du concept. Qu’est-ce que le vote quadratique et pourquoi intéresse-t-il tant Vitalic ?

Principes.

Revenons d’abord au concept. L’idée du vote quadratique (ou QV pour Quadratic Voting) est de sortir de la logique binaire ordinaire du vote « pour ou contre ». Glen Weyl expose sa thèse dans son livre co-écrit avec Eric Posner : Radical Markets. Tout d’abord, il part du constat que le système de vote classique est très souvent inopérant pour le choix de la meilleure solution pour tous. Notamment quand un groupe est composé de communautés minoritaires importantes. On peut alors arriver à une tyrannie de la majorité qui génère des frictions. Weyl et Posner propose alors une solution qui s’inspire des logiques de marché pour permettre la pondération du vote en fonction de l’importance qu’il revêt pour chaque votant.

Concrètement il s’agit de sortir du principe 1 homme = 1 voix pour aller vers un principe 1 homme = n voix. Pour réguler ce « n voix » Weyl et Posner proposent que les voix soient « achetées » sur un marché ou le coût des voix supplémentaires au-delà de la première soit le carré du nombre de voix d’où le terme quadratique. C’est compliqué à écrire mais le tableau suivant illustre la simplicité du principe.

Nombre de vote Coût de ce nombre de votes
1 1
2 4
3 9
4 16
5 25

Évidemment à ce stade j’en imagine certains s’horrifier de ce qui pourrait ressembler à un suffrage censitaire amenant à une tyrannie de la minorité riche. En fait c’est exactement le contraire de ce que propose Weyl et Posner. En effet il propose que le coût ne s’exprime pas en argent réel (fiat). Mais plutôt exprimé en token décorrélés de la notion de richesse personnelle. On voit alors tout de suite le rapport avec la blockchain. Imaginons que chaque participant d’un groupe reçoive un nombre de token limité qui lui permette d’acheter des voix pour voter en fonction de ses convictions. Si les convictions sont forte le votant pourra dépenser un maximum de tokens pour pousser la décision qui le concerne.

Dans leur livre Weyl et Posner démontrent que les décisions prises avec le vote quadratique sont plus équilibrées qu’avec le vote classique. Une minorité très motivée pourra faire valoir ses opinions face à une majorité de conviction contraire mais peu concernée au final.

Pourquoi intéresse-t-il Vitalic Buterin ?

Tout d’abord reconnaissons à Vitalic l’universalité de sa pensée. Il est certes un génie de l’informatique mais sa réflexion porte bien au-delà. Depuis le début d’Ethereum Vitalic s’intéresse aux problématiques de gouvernance des blockchains tout autant qu’aux aspects économiques et financiers qui sont pour lui inextricablement liés. Pour rappel dans le livre blanc Ethereum Vitalic évoquait la taxe Georgienne parmi les mécanismes de gouvernance (et de partage de richesse donc) implémentables grâce à la blockchain et pour la blockchain au même titre que le concept de Futarchie. Pour vous appréhender la profondeur de sa pensée je vous conseille la lecture de cet article écrit suite à la lecture de Radical Markets.

Cependant l’intérêt de Vitalic pour un type de gouvernance basée sur le vote quadratique répond à une nécessité plus vitale. En effet un des principal reproche fait à Ethereum par les communauté cryptos est la forte centralisation des prises de décisions techniques qui concernent son évolution. Ceci contrairement à Bitcoin où l’on peine à savoir qui décide de quoi et où force est de constater que le système évolue sur un consensus fragile entre les équipes de développements qui font évoluer le code et l’acceptation par les mineurs de leur mise en service en fonction de leur intérêts. Ces craintes  se sont matérialisées lors du désastre The DAO ayant amené le Hard Fork d’Ethereum qui a donné naissance à Ethereum Classic. Plus récemment encore, les annonces de la SEC sur les projets financés par ICO comme Ethereum ont donné lieu à des rumeurs selon lesquelles du fait de sa centralisation via la fondation Ethereum, celle-ci pourrait être considérée comme relevant du droit des entreprises.

On comprend mieux au regard de ses éléments pourquoi la gouvernance d’Ethereum est un enjeu de taille pour Vitalic. Le vote quadratique permettrait peut-être de répondre à certaines des problématiques qui agitent la communauté.

Pour aller plus loin,

Le principe du vote quadratique est un sujet pour la gouvernance des environnements distribués depuis plusieurs années. Le projet Eximchain (blockchain dédiée à la supply chain dans l’import/export) en a fait, dès le départ en 2016, son mode de gouvernance. La blockchain est l’un des supports possibles pour de nouveaux types d’organisations humaines comme les DAO ou les DAS  termes auxquels je préfère le vocable de Cytarcies. De ce fait le vote quadratique me semble digne d’intérêt en ce qu’il permet d’introduire un type de gouvernance démocratique dans les blockchains publiques. De plus, il s’implémente naturellement sur une blockchain comme Ethereum. Si on prend un peu de hauteur la technologie blockchain peut permettre l’introduction d’un nouveau type de gouvernance universelle à large échelle. Pour cela de nouveaux concepts sont nécessaires.

Je m’explique : dans Big Gods Are Norenzayan nous explique comment les « Grands Dieux » en tant que cadre conceptuel ont permis les coopérations humaine à grande échelle. C’est à dire, au-delà des membres connus d’un petit groupe humain primitifs. Pour faire simple deux membres d’une même religion qui vivent au deux extrêmes de la planète et ne partage pas la même langue ou la même culture vont pouvoir coopérer au nom de leur idée religieuse commune. Yuval Harari dans son livre à succès Sapiens : Une brève histoire de l’humanité reprend cette théorie et prétend que tous les systèmes de coopération humaine à grande échelle — les religions, les structures politiques, les réseaux de travail et les institutions légales — sont en définitive des fictions. Le capitalisme même est, selon lui, une religion et la monnaie un mythe basé sur la confiance.

Ces auteurs mettent donc en exergue ce qui a fait le succès de Bitcoin le précurseur et père de toutes les autres blockchain. C’est à dire, la capacité des être humains à adopter une fiction et des valeurs pour en faire un instrument de coopération à large échelle. Et c’est là où je veux en venir, nous n’en sommes qu’aux prémisses de notre capacité à inventer des systèmes de gouvernances. Ces systèmes devront être justes, acceptables par tous et répondant à nos valeurs humanistes (en tous cas celles que je défends). De leur mise en place dépendra la pérennité concrète des nouveaux modèles que permet la technologie.

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