Le Georgisme, une théorie économique libertarienne


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Qu’est ce que le Georgisme ?

Le Georgisme est une théorie économique selon laquelle la valeur économique des produits dérivés de la terre ou plus largement des ressources naturelles devrait appartenir à tout les membres de la communauté mais que chacun est propriétaire de la valeur économique qu’il produit par lui-même.

Dagurereotype de l'économiste américain Henry George (1839-1897) père du georgisme

Daguérrotype d’Henry George, jeune.

Le Georgisme tire son nom de Henry George (2/09/1839 – 29/10/1897) dont l’ouvrage phare Progress and Poverty publié en 1879 a été distribué à des millions d’exemplaires dans le monde. En tant que doctrine économique le Georgisme ambitionne d’allier la justice sociale, l’écologie, et l’efficacité économique en se basant sur l’impôt sur la propriété foncière.

Le Georgisme a été également qualifié de taxe unique (ndt, single tax). En effet la principale solution proposée par cette théorie est une taxation unique de la propriété du sol, des ressources naturelles et de tous les privilèges artificiels (comme par exemple la propriété intellectuelle). Ceci en remplacement de toutes les autres impositions au premier rang desquelles les taxes sur le travail. Bien que toutes les ressources naturelles dont la quantité est limitée puissent donner lieu à une rente économique, l’exemple le plus flagrant est la propriété foncière dans les zones d’habitations. C’est pourquoi la principale mesure proposée par les Georgistes est cette taxe sur la propriété foncière (ndt, LVT pour Land Value Taxe).

Les Georgistes affirment que la taxation de ces rentes économiques est économiquement efficace, juste et équitable. D’aucuns parmi eux affirment que cela aboutirait à la suppression de tous les autres impôts, voire à la mise en place d’un revenu de base ou de dividendes citoyens.

Le Georgisme parmi les théories économiques

Adam Smith lui même pensait que la taxe sur la terre n’entrainait pas d’inefficacité économique. On dit souvent qu’une taxe sur la valeur foncière a des effets d’impôt progressifs, en ce sens qu’elle est payée principalement par les riches (les propriétaires fonciers), et qu’elle ne peut pas être transmise aux locataires, aux travailleurs ou aux utilisateurs de terres. Henry George  a popularisé l’argument selon lequel le gouvernement devrait être financé par une taxe sur le loyer des terres plutôt que par l’impôt sur le travail. Dans son ouvrage, Progress and Poverty, Henry George soutient que l’appropriation de la terre à des fins privées contribue à la pauvreté persistante en dépit des progrès technologiques. Cela contribue au caractère cyclique des économies. Selon George, les gens possèdent à juste titre ce qu’ils créent, mais les ressources naturelles et la terre appartiennent également à tous.

L’impôt sur les valeurs foncières est donc le plus juste et le plus égal de tous les impôts. Il ne s’appliquent qu’à ceux qui reçoivent de la société un avantage particulier et précieux, et ceci proportionnellement aux bénéfices qu’ils en tirent. C’est la captation de cette valeur par la communauté, pour son usage propre, qui est la base de la création de cette communauté. C’est l’application de la propriété commune aux usages communs. Quand tout le rendement sera pris par la taxation pour les besoins de la communauté, alors l’égalité ordonnée par la nature sera atteinte. Aucun citoyen n’aura d’avantage sur aucun autre citoyen, sauf pour ce que son travail, ses compétences et son intelligence lui donnent. Et chacun obtiendra ce qu’il gagne. Alors, mais pas avant, le travail obtiendra sa pleine récompense, et le capital son retour naturel.
– Henry George, Progrès et Pauvreté, Livre VIII, Chapitre 3

Un diagramme de l'offre et de la demande montrant les effets de la taxation foncière georgiste.

Un diagramme de l’offre et de la demande montrant les effets de la taxation foncière. Il est à noter que le fardeau de la taxe incombe entièrement aux propriétairex foncier.

Pour donner une illustration très actuelle de ce que dénonce le Georgisme, considérons la crise immobilière dont nous sortons à peine et la bulle qui l’a précédée. Dans les zones constructibles de nos métropole le prix des terrains  représente  une part substantielle de l’investissement du promoteur. Avec le coût de construction la marge de celui-ci et réduite mais le prix d’achat final explose. Or l’argent mis dans terrain est économiquement totalement inefficace. C’est un argent captif qui serait plus utile s’il était injecté dans la création d’emplois via les entreprises. Les autres taxes (celle sur le travail) ne baissent pas et les salaires n’augmentant pas on en arrive petit à petit à l’appauvrissement des classes moyennes que nous connaissons. Le Georgisme et les théories apparentées comme le géo-libertarianisme prônent donc la libération de la valeur produite par le travail au détriment de celle de la rente.

Il faut noter que Henry George distinguait la propriété commune de la propriété collective. Il ne s’agissait pas pour lui de spolier les propriétaires privés existants en nationalisant les terres. Henry George souhaitait une transition progressive pour passer de la taxation du travail à la taxation de la rente foncière en passant par la taxation des terres non valorisées.

Globalement les Georgistes constatent que la richesse créée par les acteurs privés est mutualisée par le biais des taxes et impôts sur la valeur ajoutée (ex. TVA). Dans le même temps la richesse commune est privatisée via le marché foncier de cession des titres de propriétés et celui des prêts fonciers. Le Georgisme souhaite donc inverser totalement le paradigme en détaxant totalement les fruits du travail et en taxant la terre, ce qui au final reviendrait pour le propriétaire à un loyer d’usufruit.

Les détracteurs du Georgisme pensent que l’aspect égalitaire et juste de la taxation foncière est soit trop réducteur (particulièrement dans l’économie moderne où le capital se confond avec la propriété) et que c’est un présupposé fallacieux (notamment dans l’injustice faite aux propriétaires). A l’inverse Karl Marx considère que le Georgisme ne va pas assez loin et reste un avatar du capitalisme.

Un autre aspect important du Georgisme est la prise en considération des impacts écologiques de l’exploitation des ressources naturelles. Cela apparente cette écoles à la mouvance de l’écologie économique, comme la tragédie des communs par exemple.

Dans tous les cas la LVT n’est pas sans rappeler le gaz que l’on paie pour exécuter les smarts contracts dans Ethereum.

Le Georgisme et la Blockchain

Le Georgisme fait partie des théories économiques de la mouvance libertarienne qui sous-tendent la naissance des crypto-monnaies. Il n’est donc pas étonnant de retrouver une référence au Georgisme dans le livre blanc Ethereum. En effet la blockchain prend à la fois sa source dans les idées libertariennes et permet leur mise en œuvre effective dans des organisations alternatives : les DAO.

Il ne faut jamais oublier que la première des blockchain, le Bitcoin, visait à la suppression du monopole bancaire sur les transactions monétaires. De fait le privilège de tiers digne de confiance des banques aboutissait à un monopole et à une rente inique sur le coût des transactions.

La rente de quelques-uns qui bloque la liberté économique de tous s’oppose à la vision libertarienne des promoteurs de la blockchain. Pour nous la blockchain libère l’énergie créative dans un système ouvert sans biais de contrôle monopolistique. C’est exactement dans cette optique que fonctionne Ethereum. L’utilisateur d’Ethereum paye pour l’exécution de ses programmes le gaz consommé va aux mineurs qui représentent le sol, la terre d’Ethereum. Mais la valeur créée par l’utilisateur elle reste totalement privée. La « main invisible du marché » est programmatiquement implémentée dans la blockchain pour que le système ne soit pas inflationniste et reste à l’équilibre. Mais attention ceci n’est pas encore démontré par les faits. Miner a un coût énergétique réel et dans un système aussi complexe l’autorégulation n’est pas démontrée.

Le système est encore fragile comme l’a montré l’attaque sur The DAO de juin dernier. L’équipe d’Ethereum travaille d’arrache-pied pour améliorer cela et les dernières annonces  concernant la version Metropolis sont prometteuses.

Précisions

Cette article est né de la nécessité de comprendre les références du livre blanc Ethereum. Il est inspiré de l’article (non traduit au moment où j’écris ces lignes) de Wikipedia sur le Georgisme. N’étant pas un théoricien de l’économie, il est certain qu’il y a bon nombre d’approximations. Elles sont liées à mes limitations en terme de formation économique. Considérez donc qu’il s’agit d’un première version qui sera optimisée.

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