Futarchie : le concept inventé par Robin Hanson


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Futarchie et Blockchain

Comme beaucoup, j’ai découvert le concept de futarchie dans le livre blanc Ethereum. Je ne m’y suis pas immédiatement intéressé n’allant pas au delà de la définition de base. J’ai de nouveau rencontrer ce concept avec la blockchain Aeternity. J’ai creusé un petit le sujet et je vous propose une traduction de la version originale de Robin Hanson. Cette traduction n’est qu’une base qui explique le concept. Je vous invite à lire ensuite l’appropriation dans le cadre de la blockchain qu’en a fait Vitalik Buterin sur son blog.

Futarchie : votez pour vos valeurs, mais pariez sur vos croyances

Ce court manifeste décrit une nouvelle forme de gouvernement. Dans une « futarchie », nous voterions pour nos valeurs mais parierions sur nos convictions. Les représentants élus définissent et gèrent de manière formalisée un indicateur du bien-être national dont il mesure l’effet d’après les faits passés ; tandis que les spéculateurs de marché formulent les politiques dont ils espèrent qu’elles amélioreront le bien-être national.

Les démocraties semblent meilleures que les autocraties (par exemple la royauté ou la dictature), mais elles ne résolvent pas tous les problèmes. Il reste aujourd’hui d’énormes différences de richesses parmi les nations et on ne peut attribuer ces différences, ni aux ressources naturelles, ni aux compétences humaines. Il semble plutôt que la grande différence soit que les nations pauvres (dont beaucoup sont des démocraties) sont celles qui adoptent le plus souvent des politiques stupides, des politiques qui sont préjudiciables au plus grand nombre. Même les nations riches adoptent parfois de telles politiques.

Ces politiques ne sont pas uniquement stupides rétrospectivement. Au départ, il y avait des gens qui comprenaient leurs implications et qui avaient de bonnes raisons de les désapprouver.  Il semble difficile d’imaginer que de telles politiques soient adoptées aussi souvent si tout le monde connaissaient au même titres que ces « experts » leurs conséquences. Ces formes de gouvernement qui nous sont si familières semblent régulièrement échouer par ignorance des conseil des experts pertinents (Id les « sachants » pertinents sur le sujet).

Est-ce qu’une autre forme de gouvernement pourrait écouter de manière plus assidue les expert pertinents ? Même si nous pouvions identifier ces experts, nous ne pourrions pas nous contenter de leur donner cette responsabilité. Ils pourraient alors faire ce qui est bon pour eux plutôt que ce qui est bon pour le reste d’entre nous. Et aussitôt après être arrivé au pouvoir, ils ne seraient de facto plus des experts pertinents. Des problèmes similaires apparaitraient si nous leur confions un rôle de conseiller officiel.

La « futarchie » est une forme de gouvernement qui n’a pas encore été testée et qui vise à adresser ce genre de problèmes. Dans une futarchie, la démocratie continuerait à dire ce que nous voulons mais c’est les marchés de prédictions qui diraient comment nous allons l’obtenir. Ce sont alors les représentants élus qui définissent et gèrent de manière formalisée un indicateur du bien-être national dont il mesure l’effet d’après les faits passés ; tandis que les spéculateurs de marché formulent les politiques dont ils espèrent qu’elles amélioreront le bien-être national. La règle de base d’un tel gouvernement serait :

Quand le marché de prédiction estime clairement qu’une politique proposée améliorerait le bien-être national, alors la proposition devient une loi.

La futarchie est prévue pour être idéologiquement neutre, il pourrait en résulter n’importe quoi, d’un socialisme extrême à un minarchisme extrême, en fonction de ce que les votants disent vouloir et ce que les spéculateurs pensent pouvoir obtenir pour eux.

Les Futarchies semblent prometteuses si on accepte les assomptions suivantes :

  • Les démocraties échouent principalement parce qu’elles n’agrègent pas de manières efficaces les informations disponibles
  • Ce n’est pas difficile d’identifier les nations riches et heureuses de celles qui sont misérables et pauvres
  • Les marchés prédictifs sont les meilleures institutions connues pour agréger l’information.

Le PIB est aujourd’hui l’indicateur standard de la richesse nationale. Ceux qui ont l’habitude de voyager ont difficilement une autre impression que celle que les peuples des nations à fort PIB sont plus riches et mieux lotis que ceux des nations à PIB faible. C’est pourquoi les économistes sont enclins à recommander des politiques que les données macroéconomiques suggèrent bénéfiques pour l’accroissement du PIB. Le PIB semble être un indicateur suffisant et avec l’implication de représentant élus nous devrions être en mesure de faire mieux en incluant des indicateurs sur le bonheur, les inégalités, la santé, les loisirs et l’environnement.

Si nous pouvons mesurer la richesse des nations nous pouvons utiliser ces indicateurs pour spéculer. Cela fonctionne car les marchés de prédiction et spéculatifs semblent en général efficace dans agrégation d’information. Pour avoir son mot à dire sur un marché spéculatif il faut joindre l’acte financier à la parole (« put your money where your mouth is »). Ceux qui savent qu’ils ne sont pas pertinents se taisent et ceux qui ne savent pas risquent de perdre leur argent et donc se taisent. Par essence, les marchés spéculatifs rémunèrent quiconque observe et corrige un biais dans les prix de marché.

Les estimations des marchés spéculatifs ne sont pas parfaites. Il semble qu’il y ait des biais sur la vision long-terme quand les coût de transactions sont élevés et peut-être aussi un excès de volatilité sur les mouvement des prix agrégés à long-terme. Mais en comparaison des autres institutions ces marchés semblent beaucoup plus efficaces. Par exemple, les prédictions du marché des courses hippiques font mieux que les prévisions des experts en course, les marché des futurs sur les jus d’orange de Floride font mieux que les prévisions météorologiques du gouvernement, les marchés de prédiction (de paris) ont battu les sondages d’opinion pour la prévision des résultats des élections américaines et les marchés de paris ont constamment battu les prévisions officielles de Hewlett Packard quant à ses ventes d’imprimantes. En général, il est difficile de trouver des informations qui ne soient pas intégrées aux prix du marché.

Un marché de prédiction et de paris peut estimer si une politique menée va améliorer bien être national en comparant deux hypothèses : le bien-être national si la politique proposée est adoptée et le bien être national si elle n’est pas adoptée. Les marchés de paris peuvent produire des hypothèses conditionnelles de plusieurs manière par via des paris à clause d’annulation (called-off bets) ces paris sont annulés si une des conditions de réalisation n’est pas remplie.

Pour une discussion plus approfondie et académique sur la futarchie, consultez mon article, « Shall We Vote on Values, But Bet on Beliefs?« , parus dans Journal of Political Philosophy, 2013. Voir aussi les versions de 2007, 2003, 2000.

Les mentions de la futarchie dans les médias :

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